Tous les 15 jours, je publie une tribune dans l’Essor Sarladais sur un sujet qui me tient à coeur.
Cette semaine il a été question de la laïcité .
La laïcité est l’une des clés de voûte de notre démocratie.
Sujet vibrant et fondateur de notre république, la célébration des 120 ans de la loi de 1905, qui consacre la séparation des Églises et de l’État est l’occasion de revenir sur son histoire et sur le sens profond qu’elle porte.
Il existe de multiples manières de la concevoir et de la vivre. D’autres pays en ont des interprétations différentes. Notre laïcité, spécifiquement française, ne peut être transposée telle quelle ailleurs.
En France, l’idée de neutralité de l’Etat s’enracine dans une histoire longue, remontant aux guerres de religion du XVIᵉ siècle. Les premières mesures concrètes apparaissent avec la Révolution française. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame déjà que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».
À partir de 1795, l’État n’a plus de coloration religieuse et devient, en ce sens, neutre. Les citoyens sont libres dans leurs pratiques religieuses, tandis que les institutions reconnues et financées par l’État restent soumises à son contrôle.
Sous la IIIᵉ République, le mouvement s’accélère. Les républicains de l’époque décident d’appliquer progressivement la séparation, en la déployant d’abord dans certaines institutions. Les années 1880 voient ainsi la sécularisation des cimetières, la laïcisation de l’école primaire et des hôpitaux.
Le 4 juillet 1905, Aristide Briand, rapporteur de la loi, la présente devant l’Assemblée nationale en ces mots : « Notre loi est une loi de liberté qui fait honneur à une assemblée républicaine. »
Adoptée par 341 voix contre 233, elle met fin aux cultes officiels et interdit désormais que des ressources publiques soient utilisées pour les entretenir. Chaque culte est libre et l’Etat est officiellement neutre.
De nombreuses lois viendront également protéger l’école, lieu essentiel de transmission des principes républicains, du vivre-ensemble et de l’apprentissage de la diversité.
Pourtant, aujourd’hui, la laïcité est devenue un terrain de discorde et d’oppositions idéologiques. Ce principe fondamental est trop souvent instrumentalisé. Dans un climat marqué par de fortes tensions sociales et un contexte international incertain, elle concentre bien des inquiétudes. L’islam se retrouve particulièrement ciblé, y compris à l’école, sur fond de montée du racisme.
Il est donc essentiel de rappeler que la laïcité n’a jamais eu pour but de faire taire les croyances religieuses. Elle autorise l’expression, qu’elle soit individuelle ou collective, dans l’espace public, tant que la neutralité de l’État est garantie. La laïcité permet à chacun de vivre et d’exprimer sa religion librement et ne cherche pas à confiner les religions à la sphère privée.
N’oublions pas que la laïcité puise sa force dans la liberté : c’est tout l’esprit de la loi de 1905, qui fait de la liberté de conscience individuelle son principe premier.