Face à l’empire Bolloré, défendons la liberté de créer !
Il y a quelques jours, plus de 600 professionnels du cinéma ont signé une tribune dans Libération pour dénoncer l’emprise grandissante du milliardaire d’extrême droite sur le cinéma et, plus largement, sur le monde de la culture.
La réponse ne s’est pas fait attendre. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a affirmé ne plus souhaiter travailler avec les signataires de cette tribune.
Cette réaction confirme précisément ce que beaucoup dénoncent depuis des années : lorsqu’un groupe médiatique devient l’outil idéologique d’un seul homme, la liberté éditoriale, la liberté d’expression et la liberté de création sont directement menacées.
Comment parler encore d’indépendance de Canal+ si toute critique de ses dérives expose à des représailles professionnelles ?
Comment garantir une création libre quand des artistes, auteurs ou producteurs peuvent être sanctionnés pour leurs prises de position ?
Après la mise au pas de chaînes de télévision, de journaux et de maisons d’édition, après le licenciement récent d’Olivia Nora à la tête de Grasset, c’est désormais le cinéma qui est à son tour visé par cette logique de contrôle et de censure.
Tout cela est profondément inquiétant. Parce que la concentration des médias menace directement notre démocratie.
Comme le rappelle la chercheuse Julia Cagé, les règles actuelles ne sont plus adaptées à la réalité des empires médiatiques. Aujourd’hui, la régulation se concentre surtout sur la “concentration horizontale”, c’est-à-dire le nombre de médias détenus dans un même secteur. Mais elle prend insuffisamment en compte la “concentration verticale” : le fait qu’un même groupe puisse contrôler toute la chaîne, de la production des contenus à leur diffusion.
Je terminerai avec cet extrait de la tribune publiée aujourd’hui dans Libération, appelant à créer une coalition des résistances artistiques, culturelles et scientifiques :
« Le monde que l’extrême droite fabrique n’est pas le nôtre. Elle ne passera pas si, en amont des votes, nous nous engageons à défaire ses représentations du monde. Et à inventer un nouvel imaginaire politique qui rendra les rapports sociaux égalitaires, libres, joyeux, hospitaliers. »